les grands yeux
dimanche 23 septembre 2012
Endless scrolling: les blogs photographiques.
Cela fait maintenant près de deux mois que je n'ai rien publié sur ce blog. Je me questionne... Je vois pulluler les blogs sur la photographie de façon exponentielle et je ne sais plus si les grands yeux en vaut encore la peine. Si je me fis à tous les blogs et à tous les Tumblr que je vois, l'enthousiasme à vouloir partager des images n'a jamais été aussi grand! L'envie de devenir curateur durant quelques mois s'empare du commun des mortels et ceux-ci multiplient leurs coups de coeur par milliers. Quand on n'a jamais vécu le buzz Tumblr, c'est difficile de s'imaginer ce que c'est. On va voir à chaque 10 minutes ce que les gens ont publié et liké sur notre dashboard. On fait défiler les images par dizaines voire par centaines et à la fin d'une journée on peut facilement en avoir vu des milliers! Le endless scrolling est roi. Évidemment, quand on se retrouve devant une multitude d'images placées côte-à-côte et dans le plus grand désordre, on a tendance à regarder celles qui scintillent le plus, celles qui sont les plus tape-à-l'oeil. On a tendance à approcher les images d'une façon plus superficielle. Avec un peu de recul, ce qui me frappe de cet univers boulimique, c'est l'extraordinaire ressemblance d'un blog à l'autre. La plupart du temps, ce qu'on croyait être unique, on découvre très rapidement qu'on s'était royalement trompé. Aussitôt publiées, les meilleures images se retrouvent instantanément imitées par une armée de jeunes artistes assoiffés de nouvelles idées. Par dessus tout, je sens que cela me décourage à faire de la photographie. Je réalise plus que jamais à quel point j'aime mieux voir des images réelles. J'aime les livres! J'aime les expositions! Quitte à voir moins d'images mais à prendre davantage le temps de les regarder. C'est la seule façon je crois de garder ma passion intacte.
samedi 28 juillet 2012
La vie parallèle des objets abandonnés
Une fois abandonné hors des poubelles, un objet jonche les ruelles et autres endroits étranges, à la dérive. Libéré du joug utilitariste, il flirte avec les surfaces asphaltées ou cailloteuses du sol. Certains objets auront plus de chance et se retrouveront dans des endroits empreints d'exotisme, mais ils ne sont pas légion. Il y en a même qui verront le côté obscur de la lune... Une chose est certaine, tous seront à la merci du hasard et des rencontres fortuites et cela altérera profondément leur fonction initiale. La montréalaise Karine Cossette s'est intéressée à ce sujet à travers sa fascinante série Mutants. Ces dits mutants - formés d'un ou de plusieurs objets amalgamés et/ou transformés - semblent animés d'une vie qui leur est propre, parallèle à la nôtre. Ils peuvent aussi être abordés comme des sculptures ou des installations fortuites créées par l'homme sans que celui-ci n'ait eu d'intention artistique. Dans les deux cas, les images possèdent un étrange pouvoir narratif relatant un court moment dans la vie de ces mutants et ce, malgré l'extrême pauvreté du décor.
samedi 7 juillet 2012
Le vendeur de caméras
Je viens tout juste de passer une entrevue pour travailler dans un petit magasin de photographie. Le gérant m'a fait monter dans son bureau et m'a posé quelques questions. En apparence, c'est un monsieur qui a l'air très gentil. Il imprime tout d'abord mon curriculum vitae que je lui avais envoyé par courriel pour ensuite me faire part de ses interrogations. Sachant que je fais de la photographie artistique, il m'avoue qu'il ne croit pas que les artistes comme moi puissent faire de très bons vendeurs parce que nous sommes trop insouciants et indisciplinés pour avoir un bon rendement. S'il m'engageait, il fallait que je sois un vendeur hors-pair car c'était son argent qui finançait la business alors pas question que je vienne abuser de lui. Il pouvait voir ce que chaque employé s'occupait à faire (ou à ne pas faire) sur les ordinateurs du magasin à partir d'un logiciel accessible de sa demeure. Son commerce, qui est grand comme une chambre de bain, est quant à lui équippé de 5 caméras de surveillance qu'il peut regarder attentivement autant à partir de son bureau qu'à partir de chez lui sur son immense télévision HD. Bref, ça faisait quinze minutes que j'étais assis là et que j'avais du mal à m'imaginer comment je pourrais travailler pour un être aussi contrôlant. J'ai presque éclaté de rire lorsqu'il m'a raconté avec un trop-plein de vantardise que durant le temps des fêtes, c'était lui qui avait le monopole des photographies d'enfants en compagnie du père Noël. J'étais impressionné devant tant d'accomplissements! Et à l'écouter parler, c'est comme s'il savait tout des gens qui pénétraient l'enceinte sacrée de son magasin. "Tu vois la madame en blanc, son mari est décédé." "La petite fille qui est là est venue acheter un sac pour la caméra de sa mère (qu'elle a achetée moins cher ailleurs)." "L'autre jour, un policier de la GRC est venu m'acheter une caméra. Quelques jours plus tard, un autre monsieur de la GRC est venu mais n'a rien acheté." Il était convaincu que le deuxième monsieur était un ami du premier alors il a décidé d'appeller ce dernier pour en être certain... Devant tant d'inepties, je lui ai fait part de ma très grande incertitude à vouloir travailler pour lui. Durant mon retour chez moi en voiture, je rageais tout seul contre ce connard de premier ordre que je venais tout juste de rencontrer. Je réfléchissais aussi à quelque chose qu'il m'avait dit : "Je n'ai pas l'oeil photographique et question goût artistique, je suis nul. Par contre, je connais les caméras photographiques beaucoup plus que toi."
samedi 30 juin 2012
Qui connaît Marcus Schubert?
Je ne connais pratiquement rien du photographe Marcus Schubert et tout ce que je sais, je ne suis pas certain de le savoir. De ce qu'on m'a dit, Marcus Schubert était fortement intéressé par les grands marginaux de ce monde, ceux qui ont rejeté complètement les fondements de la société dans laquelle ils vivaient pour aller s'établir dans des lieux perdus ou oubliés. À partir de là, ils ont pu créer leur propre petit monde inspiré par leurs désirs et fantasmes les plus fous. Les images que voici ont été prises entre 1985 et 1990 en France, en Suisse, au Royaume-Uni, en Italie et aux États-Unis. Je les ai trouvées ici. En voyant cette série, j'ai tout de suite pensé à Broken Manual (dont le dvd vient tout juste de sortir). La différence cependant entre Soth et Schubert, c'est que personne ne connaît ce dernier. Pour lui rendre hommage (et aussi parce cela faisait plus d'un mois que j'avais publié quoi que ce soit), voici une vingtaine d'images du très mystérieux Marcus Schubert.
samedi 26 mai 2012
À la recherche de gens arrêtés et/ou détenus par la police durant les manifestations de Montréal.
photo: Brett Gundlock, de la série Prisoners, 2011
Ce n'est pas un secret, depuis l'adoption de la loi spéciale par le gouvernement Charest, le nombre d'arrestations durant les manifestations de Montréal a augmenté de façon exponentielle, on parle d'environ 2500 arrestations depuis le début du conflit étudiant dont plusieurs centaines durant les derniers jours seulement. Ce qui est complètement ridicule, c'est que la plupart de ces arrestations sont injustifiées et abusives. On n'a qu'à penser à ce propriétaire de restaurant qui a été arrêté sur sa propre terrasse. Ou encore au nombre invraisemblable d'arrestations durant les manifestations nocturnes. Au cours de la dernière édition du Photoforum, j'ai fait la rencontre d'un photographe de Toronto qui avait précédemment réalisé une série de photographies intitulée Prisoners sur des gens arrêtés ou détenus durant les manifestations du G20 (série qui lui a d'ailleurs valu un prix Flash Forward). Depuis son passage à Montréal, Brett a développé une véritable passion pour notre révolte populaire à tel point qu'il a décidé d'en faire un projet. Il est donc à la recherche d'individus ayant été arrêtés et/ou détenus durant les manifestations de Montréal et qui sont prêts(es) à se faire photographier. Pour avoir plus d'informations, cliquez ici. N'hésitez pas à partager ce message.
jeudi 17 mai 2012
samedi 5 mai 2012
Les décors narratifs d'Anne Hardy.
photo: Anne Hardy, Cipher, 2007.
Décors exubérants construits de toute pièce, esthétique à la limite du fantastique, scènes d'intérieurs sans personnage, narration, narration, narration. J'aime beaucoup ce que fait Anne Hardy. Plusieurs de ses oeuvres me font penser à une de mes images préférées de Jeff Wall intitulée After "Invisible Man" by Ralph Ellison, The Prologue, personnage masculin en moins. Comme quoi il est possible de faire de la mise-en-scène sans acteur!
mercredi 25 avril 2012
Photoforum: 2ième Édition
Je ferai parti de la deuxième édition de Photoforum qui aura lieu à la galerie Les Territoires du 28 avril au 5 mai. Comme le nom de l'événement l'indique, il sera question de photographie! Au total, nous serons 41 artistes émergents à y participer et à y exposer une image. Nous allons aussi avoir la chance de rencontrer différents professionnels de la scène artistique montréalaise (commissaires, galeristes, écrivains, critiques, etc.) sous la forme d'un portfolio review. Le vernissage aura lieu samedi le 28 avril à 19h si jamais vous avez envie de venir me dire bonjour! Voici la liste des participants:
Alexandra Côté, Alexis Vallée Charest, Alice Zilberberg, Anne Bertrand, Anne Parisien, Annie France Leclerc, Brett Gundlock, Caroline St-Laurent, Catherine Aboumrad, Catherine Asselin Boulanger, Catherine Tremblay, Celia Perrin Sidarous, Christine Chin, Dianne Davis, Erika Kierulf, Flavia Majlis, Isabelle Dubé, JJ Levine, Jacinthe Robillard, Jean-Marc Brunet, Jérôme Nadeau, Jesse Louttit, Jin Kim, Kate Yuksel, Laura Findlay, Léa Trudel, Lorraine Turci, Lysette Yoselevitz, Maryse Goudreau, Mathieu Baril, Myriam Gaumond, Nathalie Viecili, Olivier Gariépy, Pierre Dalpé, Sanam Ghods, Sara A. Tremblay, Simon Grenier Poirier, Stephan Jahanshahi, Moi, Véronique Ducharme, Wren Noble.
jeudi 12 avril 2012
Papier 12 : À partir de demain!

Papier 12 est une immense foire artistique montréalaise où un très grand nombre de galeries du Québec et du Canada viennent y présenter au public un échantillon de leurs oeuvres sur papier! J'ai vu Papier 11 l'an dernier et c'était très intéressant! La foire est ouverte au public du 13 au 15 avril et se situe tout près du Métro Place des Arts. Pour plus d'informations, cliquez ici.
samedi 7 avril 2012
pr0n: Attaque de kitsch!

L'exposition pr0n qui était présentée à la Galerie Pangée est terminée depuis presque 2 semaines déjà. J'aurais aimé la revoir une dernière fois! Elle m'a beaucoup fait rire! La seule chose qui me reste pour me consoler est le carton d'invitation... avec un schéma de la peau de Brad Pitt dessus! Il y avait aussi des images pornos kitsch en 3D qui changeaient selon l'angle où on étaient placés. Bref, pour me consoler, je vais devoir aller visiter le site web des artistes en question (qui font pas mal tous dans la dérision et qui intègrent à différents degrés des éléments du kitsch). Les voici:
mardi 27 mars 2012
Un peu de mise-en-scène...

photo: Carlos & Jason Sanchez, Identification, 2007
Selon moi, une photographie mise-en-scène est une photographie dans laquelle le ou les modèles sont des acteurs (ou actrices). Le reste, (décors, éclairages, etc) peuvent être délibérés ou non. Il se peut même aussi qu'il n'y ait pas d'acteur du tout, seulement un décor qui parle de lui-même. Selon cette perspective, la mise-en-scène photographique se rapproche énormément du théâtre et du cinéma dans la mesure où l'ensemble est une construction esthétique narrative. Les photographes les plus souvent associés à cette approche sont sans aucun doute Jeff Wall et Gregory Crewdson. Je ne vais cependant pas parler de ceux-ci puisque trop en a déjà été dit. Je vais plutôt me concentrer sur ce qui se fait au Québec. Les frères Carlos & Jason Sanchez m'intéressent plus particulièrement... Ils aiment beaucoup mettre en scène des personnages vivant des situations extrêmes (un homme qui semble préparer un hold-up en essayant une cagoule, un soldat mourant entre les mains d'un autre soldat, une femme qui a des stigmates sur les mains, etc.). Ce que j'aime bien, c'est qu'on peut facilement s'identifier aux drames vécus par leurs personnages malgré le caractère exceptionnel de ce qu'ils vivent. Leurs images sont la plupart du temps dérangeantes et empreintes d'un humour noir. Comme c'est souvent le cas aussi avec ce type d'images, celles-ci sont imprimées en très grands formats. Peut-être est-ce parce qu'en grand format les images (et les personnages qu'elles contiennent) sont à une échelle plus réaliste? Peut-être est-ce en référence aux immenses tableaux qui ont marqué l'histoire de la peinture? Dans un autre ordre d'idées, une exposition de Matthieu Brouillard se tient présentement à la galerie FOFA de l'Université Concordia. Ses images sont aussi de grands formats. Par contre, son style est beaucoup plus expérimentale et il a un penchant pour le grotesque. Il met la plupart du temps en scène des hommes dans des décors lugubres et inquiétants qui pourraient un peu faire penser à l'esthétique du film Eraserhead. Leurs poses sculpturales recherchées ainsi que les décors et accessoires inusités rendent difficile le processus d'identification aux drames existentiels que semblent vivre les personnages. Il s'agit plus d'un travail formel qu'autre chose j'ai l'impression. Personnellement, j'ai aimé mieux regarder le catalogue de cette exposition (qui comprend aussi des images de Donigan Cumming) que de regarder leurs immenses impressions en noir et blanc qui font déjà beaucoup dans l'esbroufe. L'exposition s'intitule Coming through the fog: Les rencontres de Matthieu Brouillard et de Donigan Cumming et le vernissage aura lieu jeudi le 29 mars en présence des artistes. Ça vaut la peine d'aller y jeter un coup d'oeil, par curiosité.
lundi 19 mars 2012
Chroniques d'une disparition

photo: Taryn Simon, Hymenoplasty, Cosmetic Surgery P.A., Fort Lauderdale, Florida
J'ai été voir cette exposition hier au centre DHC/ART dans le Vieux-Montréal. Les oeuvres étaient présentées sur 4 étages et il y en avait d'autres qui se trouvaient dans un bâtiment adjacent. Étant donné qu'il s'agit d'une exposition majeure, je vais essayer de vous révéler ici le moins d'informations possibles. Chroniques d'une disparition, c'est une manifestation artistique réunissant des oeuvres de plusieurs disciplines (photographie, vidéo, installation) abordant la thématique de la disparition sur une toile de fond personnelle, sociale ou politique. Je crois que je vous en ai déjà assez dit. Personnellement, j'étais bouleversé lorsque j'ai vu les dernières oeuvres dans le deuxième bâtiment. À défaut d'en dire plus, je vous encourage fortement à aller voir par vous-mêmes. Il me fera un plaisir d'en discuter avec vous autour d'un café ou d'une bière. L'exposition se termine le 13 mai.
vendredi 9 mars 2012
J'aimerais voir une exposition de Yan Giguère.



Je n'ai encore jamais vu d'exposition de Yan Giguère. En voyant quelques images de ses manifestations précédentes (ci-haut), j'ai vraiment l'impression d'avoir manqué quelque chose... Il m'arrive souvent de dire aux gens qu'en général j'aime beaucoup mieux les livres de photos que les expositions parce que le rapport aux images est plus intime, plus personnel, parce que je peux contrôler parfaitement la lumière ambiante, etc, etc. Mais c'est assez évident il me semble que le livre a ses limites. Par exemple, un livre ne pourrait pas reproduire l'expérience spatiale qu'offre des expositions comme celles de Yan Giguère présentées ci-haut! Ou bien comme celles de Wolfgang Tillmans! Je sais bien que je parle à travers mon chapeau puisque je n'ai jamais réellement vue aucune installation de ces deux artistes. Peu importe. J'aimerais voir une exposition de Yan Giguère (et de Wolfgang Tillmans).
mercredi 29 février 2012
À travers les branches: The Vinland Sagas de Jessica Auer


Il y a quelques semaines, j'ai eu la chance d'assister à une présentation de Jessica Auer portant sur son nouveau projet The Vinland Sagas. Le titre renvoie directement à deux documents islandais du même nom qui relatent l'histoire des Vikings durant leur découverte de l'Amérique vers l'an 1000. Équipée de sa caméra 4x5 pouces, Jessica Auer s'est donnée comme mandat d'évoquer le récit de ces explorateurs scandinaves à travers des paysages empreints d'histoire et de mythologie. Fait intéressant, lors de leur passage en Amérique du Nord, les Vikings ont fondé le village L'Anse aux Meadows à Terre-Neuve, là où Jessica a réalisé son projet Unmarked Sites. The Vinland Sagas est un projet encore en gestation mais il est possible de voir ici quelques images à travers les branches!
samedi 11 février 2012
samedi 4 février 2012
Flux de conscience: Celia Perrin Sidarous

En regardant sur Wikipédia la définition de stream of consciousness, il y a une citation d'Édouard Dujardin qui m'a frappé (en parlant du stream of consciousness) : « Il a pour objet d'évoquer le flux ininterrompu des pensées qui traversent l'âme du personnage au fur et à mesure qu'elles naissent sans en expliquer l'enchaînement logique. » À priori, c'est une définition qui s'applique à un certain genre littéraire apparu à la fin du 19ième siècle. Mais il me semble que si on remplace le mot "personnage" par "photographe", cela résumerait très bien la pratique de certains photographes contemporains. Au Québec, je crois que le travail de Raymonde April incarnerait à merveille cette approche du stream of consciousness ou flux de conscience. Parmi les photographes de ma génération, je pense tout de suite à Celia Perrin Sidarous et plus particulièrement à sa série Le Livre des Choses. Au premier abord, ce projet semble être un ensemble de sensations visuelles amalgamées dans le plus grand désordre. À force d'apprivoiser les photos, on réalise qu'il y a une certaine logique sensorielle entre celles-ci et la lecture devient alors plus fluide. Ce que j'aime bien aussi de cette approche, c'est qu'elle nous surprend toujours d'une image à l'autre et nous oblige à regarder différemment et à créer des liens moins évidents entre les photographies. Si vous avez apprécié ces images, je vous recommande aussi d'aller voir le travail d'Ernest Protasiewicz ainsi que les projets Instincts & Convictions d'Alexi Hobbs et Amas de Sara A. Tremblay.
jeudi 26 janvier 2012
Members Only: Jonas St. Michael
Jonas St. Michael, U-Shape Setting, 2009, Digital C-Print, 40in x 50in.J'avais dit dans un billet précédent que je trouvais qu'il y avait trop de séries typologiques produites ces dernières années dans le monde de la photographie. Je n'ai pas changé d'avis sur ce point. Je crois toujours qu'une série typologique, à la base, est ce qu'il y a de plus simple et de plus facile à trouver comme idée de projet (ex: photographier tous les gens qui ont les cheveux roux et les cadrer sensiblement tous de la même manière). Et la plupart de ces séries sont profondément assommantes... Malgré tout, je crois tout de même que certaines séries de ce type sont tout à fait excellentes et réussissent à ne pas tomber dans les facilités. Selon moi, la série Members Only de Jonas St. Michael fait partie de ce lot. D'origine montréalaise, ce photographe s'est intéressé aux intérieurs des clubs privés les plus luxueux du pays et les a photographiés en chambre grand format. Les décors extrêmement somptueux aux couleurs magnifiques nous plongent dans un univers parallèle où l'opulence et le pouvoir règnent en maîtres. De plus, plusieurs références picturales sont perceptibles ici et là et viennent alimenter le discours sur ces classes sociales privilégiées et sur la façon dont elles-mêmes se perçoivent. Cette série possède évidemment un caractère répétitif mais je trouve que la proposition visuelle est tellement forte que ça ne devient pas problématique du tout, au contraire. Si vous avez aimé ce projet, je vous suggère aussi d'aller jeter un coup d'oeil au travail de Lynne Cohen, Lucinda Devlin et Bridget Smith.
mercredi 18 janvier 2012
La saga Guy Cloutier / Nathalie Simard vue à travers le regard loufoque de Marc-Antoine K. Phaneuf.

Depuis quelques temps, je m'intéresse beaucoup à l'utilisation de photographies dans un contexte informatif commercial (magazines, journaux, etc). Je suis véritablement fasciné par la juxtaposition textes / images qui y est souvent utilisée de façon maladroite. Cependant, je n'avais encore jamais vu un artiste approfondir cette question. Dans sa série Guy et Nathalie, Marc-Antoine K. Phaneuf a amassé pas moins de 26 couvertures de magazines à potins traitant de la saga épique Guy Cloutier / Nathalie Simard dont nous avons été les pauvres victimes au cours des dernières années au Québec. Évidemment, quand ce genre de scandale se présente, les médias en profitent pour nous bombarder leurs scoops en pleine tronche, grands acheteurs de controverse que nous sommes! Le projet de Marc-Antoine K. Phaneuf arrive à point parce qu'il nous permet de prendre du recul par rapport à ce genre d'événement mercantile de plus en plus fréquent et nous permet d'en rire ouvertement. Mon oeuvre préférée dans cette série est celle publiée ci-haut avec comme en-tête GRATUIT: Un cornet de crème glacée molle. Vous pouvez voir le reste de la série ainsi qu'un diptyque avec Michèle Richard ici.
lundi 9 janvier 2012
Montagnes électriques: Thomas Kneubühler

La série Electric Mountains de Thomas Kneubühler nous propose une vision vraiment fascinante des montagnes de ski du Québec. Derrière des images d'une beauté époustouflante, on arrive à percevoir le désir du photographe de rendre palpable la quantité astronomique d'énergie électrique servant à alimenter les sources lumineuses de ces montagnes. La vidéo Switch pousse l'ironie encore plus loin en nous montrant l'instant même où toutes les lumières s'éteignent! À voir!
lundi 2 janvier 2012
Les photographes du Refus Global

En fouillant dans mes vieux livres, je suis tombé sur un texte parlant de la photographie à l'époque du Refus Global. Le texte en question est tiré du livre Refus Global et ses environs 1948-88 (André-G. Bourassa et Gilles Lapointe) et je me suis permis ici de le recopier dans son intégralité. Le texte est un peu lourd mais je crois qu'il va en intéresser plusieurs! Si vous voulez voir toutes les photographies qui accompagnent le texte du livre, cliquez ici. Voici le texte:
Les photographes
Les Automatistes se sont pour plusieurs intéressés à la photographie. On ne peut s'en étonner quand on sait qu'Ozias Leduc, le maître de Borduas, s'y est intéressé lui-même bien avant eux et que Borduas lui-même, à titre de commissaire-enquêteur sur l'artisanat et le tourisme (avec Albert Tessier dont on connaît la qualité comme photographe) a parcouru la Gaspésie en 1938 avec sa caméra. Des enquêtes de 1938, la Bibliothèque nationale conserve quelques trois milles photos (fonds Jean-Marie Gauvreau, dont 767 sont de Borduas). On y remarque déjà, à l'occasion, un penchant pour les sujets parfaitement gratuits d'arbres morts, de scènes à contre-jour, de clôtures se déroulant à l'infini, qui contrastent avec les sujets purement documentaires nécessités par l'enquête.
Maurice Perron, l'un des signataires du Refus Global, a exercé le métier de photographe. C'est à lui que l'on doit la plupart des photos importantes du groupe, photos qui, malheureusement, ont souvent été utilisées sans les mentions habituelles (cela semble hélas avoir été longtemps le lot des photographes que leur art soit méconnu et qu'on ne fasse référence à leur oeuvre que pour leur caractère illustratif ou documentaire plutôt que pour la qualité du regard et du traitement du sujet). Il ne resterait sans doute rien de certaines créations des Automatistes sur scène (théâtre et danse) si nous ne possédions pas les étonnants clichés de Perron. Lui aussi, comme Borduas, s'est permis des fantaisies, des gratuités qui ne sont pas le lot commun des photographes de l'époque. Son oeuvre majeure à ce jour, comme photographe, est sans doute la séquence de 17 photographies de Danse dans la neige éditées par Françoise Sullivan.
D'autres Automatistes ont eu recours à ce médium: Jean-Paul Mousseau, par exemple, à qui nous devons quelques-unes des photographies de la présente exposition mais dont l'oeuvre la plus importante (et dans l'ensemble, inédite) dans ce domaine concerne notamment le théâtre de l'Égrégore et d'autres scènes dont il a été le décorateur. Jean-Paul Riopelle a également pratiqué la photographie: il a, par exemple, collaboré avec les Automatistes comme photographe et comme régisseur, allant jusqu'à recourir à la projection de diapositives comme décor pour certaines chorégraphies.
Quelques autres photographes qui ne faisaient pas partie du groupe nous ont laissé des traces importantes de l'époque comme Henri Paul, sur l'exposition de Borduas à la galerie Dominion, en 1943, ou Lucien Morin, à qui on doit une séquence intéressante sur l'exposition Les Rebelles en mars 1950. Il y a également Robert Millet, qui a réalisé un film muet montrant Borduas dans son atelier de Paris en 1957 et des centaines de photographies des Automatistes. Également, Guy Borremans, qui a tourné un film auquel Claude Gauvreau a été consultant pour le scénario (la Femme image) et qui a exposé et publié une série de photographies dont quelques-unes représentent des membres du groupe.
Les Automatistes ne semblent pas avoir poussé leurs recherches sur la photographie aussi loin que dans les autres arts. Il y a néanmoins une recherche déjà audacieuse dans les scènes à contre-jour prises par Borduas, les jeux de lumière et de surimpression de Perron, de même que les sujets à gestuelle volontairement déformée que soulignent les photos de scène de ce dernier.
mardi 27 décembre 2011
L'imaginaire débridé de Taiyo Onorato et de Nico Krebs.
Vraiment, l'univers éclaté de Taiyo Onorato & Nico Krebs a de quoi stimuler l'imagination pour un bon bout de temps!
lundi 19 décembre 2011
Dans la chambre : Maxyme G. Delisle


Connu surtout pour ses photographies de mode et pour ses projets éditoriaux, Maxyme G. Delisle a présenté dernièrement à la Cinémathèque Québécoise -et pour un soir seulement- une série de portraits très intimes de jeunes femmes rondes posant nues dans leur chambre. Ces modèles atypiques dévoilent leur corps à travers des poses évoquant la plus pure tradition du nu en peinture -c'est-à-dire allongées dans un drapé expressif- nous confrontant ainsi à la définition classique de beauté chez la femme. Évidemment, il y est aussi question d'acceptation de soi. Réalisé en 2007 et considéré par son auteur comme étant son premier projet photographique, Dans la chambre permet de découvrir une facette différente d'un jeune photographe qui est maintenant constamment aux prises avec les notions de féminité et de beauté à travers ses travaux éditoriaux pour des magazines comme Elle Québec ou Clin d'Oeil. Et comme c'est souvent le cas pour les premiers projets, l'enveloppe n'est pas tout à fait à point. Cependant, on ne peut qu'être frappé par la force du sujet et par l'extrême tension qui existe entre le photographe et ses modèles aux corps si différents des standards publicitaires. On espère aussi voir d'autres expositions d'une telle pertinence dans le futur.
lundi 12 décembre 2011
Retomber en enfance avec Zipertatou
Ceux qui me suivent sur Facebook savent à quel point je suis obsédé par le kitsch ces jours-ci... Dernièrement, on m'a fait découvrir le travail ludique et enfantin de Zipertatou. Cela a fait ressurgir en moi une multitude de personnages ayant marqué mon enfance tels que Fafoin, Passe-Partout, Charlotte Sicotte, Fripe et Pouille ainsi que Robin et Stella. Mais le travail de Zipertatou (Jean-Philippe Thibault) ne s'adresse pas qu'aux enfants! Ses oeuvres sont empreintes d'une sensibilité et d'une intelligence visuelles qui ne devraient pas laisser les plus vieux indifférents! Je vous invite d'ailleurs à regarder son vidéo Le Reel Sainte Anne que voici:
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